Histoire Géographie : Le bac comme bilan de la réforme du lycée 2010

lundi 3 juillet 2017
par  sudeducationalsace
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Il y a quelques années, des collègues avaient remarquablement analysé les changements de programme et de méthode dans notre discipline. [1]


« Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé » George Orwel, 1984.

Tout d’abord, prenons le parti de lire les copies du bac 2017 en nous gardant de toute considération “réac” sur le niveau qui baisse, les gamins qui sont nuls, les profs qui ne foutent rien, etc. Ces copies ne sont pour l’écrasante majorité que les fruits bien mûrs et déjà pourris des réformes imposées à notre discipline en moins d’une décennie. Il n’est plus possible de considérer les élèves comme responsables de grand-chose.

Succès obligatoire ?

Dans ces conditions, les inspecteurs et inspectrices pédagogiques régionaux (IPR) qui supervisent la correction sont chargés de mettre la pression sur les profs qui corrigent afin de remonter leurs notes pour obtenir une moyenne située entre 11 et 12 (en série L). Après avoir communiqué en cours de correction les listes des notes (et non les copies) des premières copies corrigées, des dizaines de collègues sont contactés par un IPR et se voient intimer l’ordre de remonter leurs notes... sans bien sûr que cette demande ne soit justifiée par un quelconque regard sur les copies concernées.

Finalement, toutes les notes sont bidouillées, les copies sont ensuite rendues à l’institution, et il ne reste pas de trace. Les tentatives de parler font incident et cela fait taire la plupart des collègues. La perte générale de réflexion et de rigueur dans la discipline, l’isolement des profs et leur perte de solidarité, l’oubli que nous avons encore un statut qui nous garantit l’indépendance et exige de nous la responsabilité (et oui !)... tout est là pour que la situation soit ubuesque, sans apparaître encore pour ce qu’elle est vraiment : scandaleuse.

Les jeunes qui nous sont confiés au lycée pour étudier des programmes hors de leur atteinte sont victimes de maltraitance et de mépris. S’ils se vautrent à l’écrit, ça n’est pas essentiellement de leur propre faute. On les méprise doublement, d’abord en les confrontant à un mur qu’ils sont rendus incapables d’escalader, puis en leur montrant que leur humiliation intellectuelle est assortie de leur rachat au prix d’une soumission idéologique.

A quoi sert ce bac ?

Si l’attente de l’institution vis-à-vis du bac n’est plus d’obtenir un certain niveau, on peut se demander à quoi sert encore cet examen. Ces attentes, de plus en plus floues, semblent surtout de plus en plus idéologiques !

Le seul message qui surnage dans un nombre écrasant de copies est identique à celui que délivrent à longueur de temps les dirigeants politiques, décideurs économiques et médias dominants. Le vocabulaire utilisé est éloquent, tant les copies sont submergées de « gérer », « gouvernance » (celle d’Hitler ou Mao… également), « réforme » (y compris pour la Révolution Culturelle et le « Grand Bon » [sic] ), « compétitivité », « s’intégrer », « s’ouvrir », « adaptation », « se moderniser » (une nécessité), « idéologie » (qui échoue) contre « technique » (pas idéologique et qui « marche »), « attractivité »…

Quel que soit le sujet, on trouve une écrasante majorité de « plans » binaires et moralisateurs sur le modèle avant/après, Mal/Bien, guerre/paix, idéologies violentes/commerce et paix.

L'école du conformisme ?

Si l’histoire et la géographie ont toujours revendiqué d’avoir une mission citoyenne, de former l’esprit des futurs citoyen-ne-s, il faut maintenant s’inquiéter de la leçon de l’histoire que l’on tire des programmes. Trois messages semblent s’imposer dans une majorité de copies :

1- Il faut suivre le modèle allemand !

« Ceci [l’Allemagne de Merckel] semble l’espoir d’une Europe divisé, qui va devoir gérer des énormes évolutions pour maintenir cette Union Européene à flote. »

« Pour conclure, après la Seconde guerre mondiale entre les chancelier Hitler, Brandt, Schröder et Merkel, l’Allemagne a beaucoup changé et est aujourd’hui a l’écoute de tous. »

2- Il n’y a qu’une option politique raisonnable !

« Après de nombreuses luttes communiste, et socialistes, l’Allemagne retrouve son juste millieu. Aujourd’hui l’Allemagne est plus qu’unifié, c’est l’un des pays les plus important dans l’Union européenne. Son economie est mondialement reconnu […] L’Allemagne n’est plus ce pays, révolté, rempli de nombreux partis. »

3- La mondialisation est une chance pour les pays pauvres !

« Il faut que l’Afrique adhère au processus de mondialisation, ce sera le nouvel atelier du monde ! »

« La Chine s’éloigne de l’URSS pour évoluer seul puis voyant que sa technique ne marche pas elle décide donc de se rapprocher du monde en adoptant une économie de marché libérale »

Bien sûr, les candidats ne croient pas nécessairement ce qu’ils écrivent. Ils se conforment à la « leçon » que l’on attend d’eux et qui leur permettra d’avoir leur diplôme. Si l’on veut prendre au sérieux la dimension « citoyenne » de l’enseignement de l’histoire, cette façon de pervertir le bac est à la fois dangereuse pour le débat démocratique et méprisante (voire humiliante) pour les collègues chargés d’enseigner et de corriger ces fameux programmes... dont nos inspecteurs ne manqueront pas de démontrer la faisabilité au regard des notes obtenues.



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